Les esprits de la forêt

Conférences autour des œuvres de la galerie par Christophe Lointier (Galeriste) : pour les adultes, le samedi 16 juin 2018, à 11h et pour les enfants le samedi 23 juin 2018, à 11h.

Soucieuse depuis de nombreuses années de présenter à un large public les différentes formes d'art traditionnel africain, la Galerie Frémeaux emboîte aujourd’hui le pas au Musée du Quai Branly (avec lequel elle a coédité le disque d’ambiances naturelles Les Forêts natales, Arts d’Afrique équatoriale atlantique), en proposant une exposition thématique autour des peuples des forêts équatoriales et tropicales.
Dans le système de croyances traditionnelles africaines la nature est animée et chaque chose y est gouvernée par une force ou une entité spirituelle. La forêt, de même que l’homme ou l’animal, est sacrée et participe à l’équilibre du monde. Au Gabon, en Guinée équatoriale, au sud du Nigeria, en République démocratique du Congo, elle tient une place centrale, comme lieu d’usages séculiers et comme sanctuaire pour les pratiques sacrées. Envisagée comme espace ritualisé de chasse par la communauté, de récolte de denrées ou de plantes médicinales, de ramassage du bois pour la confection des objets usuels ou sacrés (bois tendres et légers pour les masques, bois dense pour les statues et les objets), elle sert également de refuge aux esprits ancestraux et aux initiés. Un lieu de passage du profane au sacré, et inversement. A ce propos, Gwénaëlle Dubreuil (ex-conservatrice du Musée national du Gabon à Libreville), relatait, ici même, pendant sa conférence sur l’esthétique traditionnelle africaine, l’anecdote qui suit. L’initié d’une chefferie s’était, à l’insu de sa communauté, enfoncé dans la forêt pour s’y vêtir d’un masque conservé dans un enclos sacré. Quelques temps plus tard, il émergea brusquement des vertes frondaisons, nouvellement investi d’une fonction de «police», chapitrant les uns après les autres les membres effrayés de sa communauté. Lieu des métamorphoses, la forêt semble tenir lieu, ici, de « coulisse » d’une « pantomime » sociale.

Pour notre exposition, nous avons pris le parti de rassembler certains objets d’arts de même origine et de même facture, afin que le visiteur puisse se faire une idée des multiples variations stylistique possibles autour d’un même thème, et puisse prendre la mesure du travail singulier de chaque « artiste ». Les célèbres gardiens de reliquaire Kota, couverts de cuivre ou de laiton, habituellement placés sur un panier ou une boîte contenant les ossements des ancêtres, sont présentés en série. Il en va de même pour les non moins appréciés masques Songye aux scarifications géométrisantes et à la bouche protubérante, ainsi que pour les statues Igbo et Ibibio aux tournures mouvementées et expressives. Sans oublier les masque Fang, aux formes stylisées, évoquant la puissance du gorille et communément utilisés lors des rites d’initiations. Autant de figures qui, parmi d’autres présentées dans la galerie (Masque Kwele, statue Bateke, masque Toma…), sont les vigies d’étendues qui nous requièrent tous, pour des motifs spirituels ou écologiques : les forêts équatoriales et tropicales d’Afrique.

Christophe Lointier & Patrick Frémeaux

 

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